Au survol

La semaine dernière, je suis allée passer 3 jours à Dublin toute seule. Il faut savoir que j’ai très peu exploré le monde dans ma vie, et encore moins toute seule. Voyager est une chose simple pour beaucoup, mais pour moi c’est une montagne. L’un de ces plaisirs que je ne m’autorise pas, empêchée par une trame solide de peurs et d’interdictions plus ou moins conscientes.

Pendant le vol du retour, j’ai passé de longues minutes à observer le paysage, fascinée par le réseau lumineux que formaient les constructions humaines dans la nuit. Les villes, les villages, les routes, les bateaux. L’enfant en moi y voyait un filigrane d’or vieilli d’une beauté irréelle. L’adulte coupable pensait à un lichen nitrophile recouvrant la surface terrestre chaque jour un peu plus, sa terrible beauté symptomatique de notre action.

Puis je me suis demandée : « Où sont les voitures ? Est-ce que tu les vois bouger ? » et j’ai fixé les routes à la recherche d’un mouvement. Tout semblait figé, jusqu’à ce qu’un effort supplémentaire de concentration me permette de distinguer l’avancée d’un véhicule. Lent, si lent, tellement lent qu’il semblait immobile. Par un jeu de perspective quasi-inversée, je me suis revue petite, terrifiée dans mon lit à l’idée de l’infini, de l’univers, de ce qu’il impliquait quant à la valeur de nos existences.

Il y a longtemps, je crois avoir lu que dans certains moments de grands dangers, les êtres humains percevaient soudain quelques secondes comme une éternité. Un étirement du temps qui leur permettrait quoi, déjà ? De pouvoir réagir ? De s’ajuster à leur propre mort, le fameux « voir sa vie défiler devant ses yeux » ?

Là-haut, voir cette voiture progresser comme pousse un brin d’herbe m’a procuré un inexplicable réconfort. Je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être que je l’ai pris comme un rappel que tout ce qui paraît trop rapide peut être ralenti, même nos vies qui paraissent si petites.

David, dreaming of bigger trees

Estelle découvre les basiques de l’histoire de l’art, tsé. Ce post sert à rien (et – ironie vu le sujet – il est très mal fait). Je perds mon temps à faire n’importe quoi, alors que du temps, j’en ai pas tant que ça, vu que j’ai DÉJÀ UN JOB. Hier, j’ai quand même tapé « corbeaux rassemblement paris » dans Google, et j’ai cliqué sur 4 ou 5 liens différents pour savoir pourquoi la veille j’avais vu un paquet de corbeaux (vingt-quatre, quand même. VING. QUATRE) sur le toit de l’immeuble d’en face au petit matin. J’ai fini par abandonner ma quête, jugeant que c’était quand même pas la peine de de perdre tout ce temps à chercher une réponse aussi triviale. Du coup, tout ce que j’ai appris, c’est que les corbeaux aimaient le groupe (ok, Sherlock) et qu’ils avaient une super mémoire. Du genre : si vous leur faites du mal un jour, ils vont s’en souvenir, vous RETROUVER et vous TRAQUER, et même TRANSMETTRE L’INFO A LEURS CAMARADES. Liam Neeson dans Taken à côté, c’est un mec qui a zéro suite dans les idées. Bref. J’imagine qu’il y a une morale à tirer de cette requête google avortée mais j’ai la flemme (j’imagine qu’il y a une morale à tirer de cette phrase pas terminée mais j’ai – OH ÇA SUFFIT, OUI ? J’EN AI MARRE, REMBOURSEZ !!).

Bref. Il aurait été judicieux de mettre en ligne cette histoire avant que la rétrospective David Hockney au Centre Pompidou se termine, mais j’ai pas réussi. C’est pas grave.

Je vous laisse avec 80 petits films que le réalisateur Bruno Wollheim a mis en ligne gratuitement pour les 80 ans de David Hockney en 2017.