Plouf plouf plouf, je dirais que t’as de la fouffe.

Hier, je suis sortie courir vêtue d’un short et d’un bien optimiste t-shirt. Pas de bol : à peine dix minutes plus tard, il pleuvait et pas qu’un peu. Une pluie qui trempe jusqu’au slip instantanément, tellement forte qu’on croirait qu’une multitude d’index te tapote partout pour t’emmerder. « Hé ! Tu m’entends ? » – Pouic ! – « Hé. Hé, tu vas où ? » – Pouic pouic ! – « Tu vas où. Tu vas où ? Hé, réponds ! Hé ! » <- Ce genre de pluie.

Après avoir râlé à voix haute pendant un moment, j’ai fini par craquer et me réfugier sous le premier abri venu : le large porche de l’Établissement pour enfants sourds et malentendants d’Asnières-sur-seine. Attente. Attente. Attente… Derrière moi, de l’autre côté de la vitre, des gens se parlaient en langage des signes et une horloge numérique faisait placidement son job. Devant moi, les gouttes bondissaient sur le trottoir comme un troupeau d’antilopes fuyant le feu.

Un peu de vent s’est engouffré sous le porche. J’ai frissonné à cause de mon t-shirt trempé, et soudain j’ai repensé à cette époque où j’avais presque toujours froid parce que je ne me mangeais pas assez. J’ai repensé à cette ridicule journée d’été où, embarquée par une copine pour une descente en canoë, j’avais passé mon temps à grelotter après qu’on était tombées à l’eau. J’avais conscience de ma chance d’être là, je voulais en profiter, tout le monde semblait être bien, mais moi j’avais froid froid froid froid. Je ne pensais qu’à ça, et ça me mettait en rage. Il me semble que c’est à peine quelques mois plus tard que j’ai enfin demandé à mes parents de m’aider, parce que je sentais que j’étais en train de me faire disparaître.

« Bon, je vais quand même pas rester là. », me suis-je dit sous mon porche en regardant la pluie qui tombait toujours, puis les gens toujours en train de se parler avec les mains de l’autre côté de la vitre. Alors j’ai bondi sur le trottoir avec beaucoup plus de drama que la situation n’en exigeait, et je me suis remise à courir. L’averse rageait encore, mais moi plus du tout. Tout ce que je pensais, c’était : « J’ai même pas froid. MÊME PAS FROID ! », tandis que mes pieds faisaient floutch-floutch dans mes baskets inondées.

RAIN

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