Terrarium

Publié le: 27 septembre 2018 | Auteur: | Classé dans: Confessions Intimes | Tags: | 2 commentaires »

Sous la pluie, je fixe la vitrine de cette boutique entièrement consacrée aux terrariums. Je ne sais plus ce qui est dit sur le petit carton de présentation. Une histoire de mini-univers ou de mondes miniatures, peut-être.

Mes neveux, qui marchent devant moi, se demandent ce que je fais, pourquoi leur tata bloque devant ces parcelles de plantes sous des capuches en verre.

Je me sens mal à l’aise. Je repense à ces terrariums en métal cuivré si esthétiques, leurs cactées transpirant au sous-sol du Monoprix d’Asnières entre les bidons d’allume-feu liquide et les lots de chips.

Notre engouement pour les terrariums, les motifs végétaux, les housses de couette ornées de luxuriantes feuilles de bananiers, les sérigraphies botaniques… Toutes ces représentations de représentations de représentations de la nature qui semblent menacer de remplacer la substance de leur modèle par un lent processus de plastination.

Les terrariums, ces parfaits petits mondes avec tellement juste ce qu’il faut de vivant qu’ils ne paraissent plus vivants du tout. J’ai lu que leur fonction première était de préserver des espèces enlevées à leur écosystème naturel, pour les observer et les cultiver ailleurs. Nous adorons les terrariums, pendant que nous nous révélons incapables d’empêcher la destruction du nôtre.


Aux merles disparus

Publié le: 17 avril 2018 | Auteur: | Classé dans: Confessions Intimes | Aucun commentaire »

En fouillant dans mes carnets à la recherche d’infos sur un endroit dont je veux parler depuis longtemps, je suis tombée sur quelques notes que j’ai prises à la va-vite un week-end d’octobre 2013, chez mes parents.

Pendant le repas du soir, évoquant les raisons de leur installation dans ce village du Nord, dans cette maison que ma sœur, mon frère et moi avons toujours connue, notre père nous avait raconté ceci :

« Quand on a visité cette maison, je me rappellerai toujours… Il y avait plein de merles qui chantaient dans les arbres, derrière la maison. « Plou plou plou plou plou ! ». La fenêtre de la chambre était ouverte. Mon père s’est approché et il a commencé à parler aux merles en arabe. Les merles se sont tus un instant, puis se sont remis à chanter. Puis mon père s’est remis à leur parler en arabe, puis les merles se sont tus et ainsi de suite.
C’est le dernier souvenir que j’ai de mon père. Avec votre mère, on s’est mariés en septembre 68, et il est mort en mai. »

À l’origine, mes parents avaient acheté cette maison pour que notre grand-mère et notre grand-père puissent s’y installer, mais vous voyez, les choses ont tourné autrement.

Nous n’avons jamais connu ce grand-père qui parlait aux merles en arabe. Il est mort d’un cancer du poumon bien avant notre naissance. Il reste de lui un pied de vigne qu’il avait planté au pied de la maison, sous cette fenêtre où il avait parlé aux oiseaux. Personne ne sait ce qu’il leur a dit jour-là.


Au survol

Publié le: 8 janvier 2018 | Auteur: | Classé dans: Confessions Intimes | Aucun commentaire »

La semaine dernière, je suis allée passer 3 jours à Dublin toute seule. Il faut savoir que j’ai très peu exploré le monde dans ma vie, et encore moins toute seule. Voyager est une chose simple pour beaucoup, mais pour moi c’est une montagne. L’un de ces plaisirs que je ne m’autorise pas, empêchée par une trame solide de peurs et d’interdictions plus ou moins conscientes.

Pendant le vol du retour, j’ai passé de longues minutes à observer le paysage, fascinée par le réseau lumineux que formaient les constructions humaines dans la nuit. Les villes, les villages, les routes, les bateaux. L’enfant en moi y voyait un filigrane d’or vieilli d’une beauté irréelle. L’adulte coupable pensait à un lichen nitrophile recouvrant la surface terrestre chaque jour un peu plus, sa terrible beauté symptomatique de notre action.

Puis je me suis demandée : « Où sont les voitures ? Est-ce que tu les vois bouger ? » et j’ai fixé les routes à la recherche d’un mouvement. Tout semblait figé, jusqu’à ce qu’un effort supplémentaire de concentration me permette de distinguer l’avancée d’un véhicule. Lent, si lent, tellement lent qu’il semblait immobile. Par un jeu de perspective quasi-inversée, je me suis revue petite, terrifiée dans mon lit à l’idée de l’infini, de l’univers, de ce qu’il impliquait quant à la valeur de nos existences.

Il y a longtemps, je crois avoir lu que dans certains moments de grands dangers, les êtres humains percevaient soudain quelques secondes comme une éternité. Un étirement du temps qui leur permettrait quoi, déjà ? De pouvoir réagir ? De s’ajuster à leur propre mort, le fameux « voir sa vie défiler devant ses yeux » ?

Là-haut, voir cette voiture progresser comme pousse un brin d’herbe m’a procuré un inexplicable réconfort. Je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être que je l’ai pris comme un rappel que tout ce qui paraît trop rapide peut être ralenti, même nos vies qui paraissent si petites.


Attentes vs Résultat

Publié le: 3 août 2017 | Auteur: | Classé dans: Confessions Intimes | Tags: , | Aucun commentaire »

Ah, je vous jure… Travaille, au lieu de te plaindre, ESTAYL !!

Ça me rappelle ce moment douloureux au collège, quand notre prof d’art plastique nous a confié comme mission de faire une tache d’encre sur une feuille, puis de repartir chez nous créer quelque chose à partir de ça. Alors moi je me suis dit : « HAN SUPER ! La mienne on dirait un dinosaure. Je vais… Je vais en faire un dinosaure-ROBOT. Oui. Un… dinobot ! ». Après quoi, je me suis dit : « Suffit que je récupère de vieilles résistances sur la carte-mère de mon walkman* qui marche plus, ensuite je les colle sur le ventre de mon dinosaure, et ensuite j’ajouterai des volcans en éruption et une faune luxuriante en arrière-plan et bim bam bam, salut la sci-fi, le génie de l’art a encore frappé. » Ok, bon. Admettons. Mais pour réaliser cette vision digne de Jurassic Park vs Transformers : l’affrontement final, j’ai attendu le JOUR-MÊME du rendu. Pourquoi ? Parce que je rendais toujours tout à la dernière minute. Pourquoi ? Parce que j’étais un peu nonchalante. DONC. Me voici à la pause-déjeuner en train de démonter à toute vitesse les résistances de ma carte-mère avec… un couteau-suisse piqué dans le bureau de mon père. Et que croyez-vous qu’il arriva ? La lame du couteau s’est prestement rabattue sur la chair encore tendre de mon index adolescent, il a fallu foncer chez le toubib me faire recoudre le doigt, l’anesthésie a même pas marché, et en plus, le prof a pas été sensible à la fulgurance de mon œuvre. Moralité ? Trop de leçons à tirer de cette histoire. Choisissez la vôtre. #moraleinteractive #disruptiontotale

ALLEZ, SALUT LES ARTISTES ! N’ABANDONNEZ JAMAIS VOS RÊVES ! MAIS RESPECTEZ LES BONNES PRATIQUES DE SÉCURITÉ EN LES RÉALISANT ! Signé : Mamie ISO.

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* Et alors ? Tout le monde peut pas être né-e après 1990 !!


Pouvoir des plantes

Publié le: 19 mai 2017 | Auteur: | Classé dans: Confessions Intimes | Tags: , , | 6 commentaires »

Depuis plusieurs mois, je travaille sur un projet qui me tient à cœur depuis des années. Il s’agit d’un roman graphique sur une femme qui entre en maison de retraite. Réussir à m’y mettre et y consacrer du temps est déjà pour moi un exploit. Si vous suivez ce blog, pas besoin de vous faire un dessin (<- BLAGUE !) : je ne suis pas la plus confiante des "artistes" (<- guillemets ! J'arriverai un jour à les enlever), et je suis freinée par tout un tas de kettle bells parmi lesquelles une profonde haine de soi, un sentiment de culpabilité permanent, trop de sensibilité et un cerveau qui mouline tellement dans tous les sens qu'il est possible qu'un jour il explose. Malgré tout ça, j'ai donc entrepris ce projet, et je devrais déjà en être fière. Mais il est très éprouvant. Il me confronte à des choses que je redoute et que j'ai soigneusement évité de regarder en face jusqu'à présent. Il m'amène à rencontrer des gens qui souffrent et qui luttent, en vrac et sans exhaustivité, contre : leurs propres limites physiques et psychiques, contre le manque de sens, contre leurs regrets, contre le temps qui passe, contre le manque de moyens, contre leurs peurs, contre une société qui ne les veut que s'ils correspondent aux critères esthétiques et de performance qu'elle impose à tous (« OH YEAH, UNE MEUF DE 98 ANS QUI ENSEIGNE LE YOGA !! AH OUI, MONTREZ-MOI ÇA !!… Par contre c’est bon, je veux pas la voir ta grand-mère en fauteuil qui se chope un bleu quand on lui fait la bise et qui s’exprime plus que par « AAAAH ! AAAAAH ! »).

Parfois, je me dis que je suis à deux doigts d’en tomber, tant ça me chamboule. Je suis là dans mon lit, je regarde dans l’abysse et je me dis « Mais pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu te fais du mal comme ça ? Tu ferais mieux d’arrêter. Tu ferais mieux d’aller dessiner les fleurs. » Hier soir, j’étais prête à tout abandonner. Mais je ne peux pas. Je ne sais pas pourquoi, je ne peux pas m’arrêter. Ce que je vais faire, peut-être, c’est tenir un journal de bord. Ça m’aidera sûrement à métaboliser plus facilement ce que je vis au fil de ce projet, qui me ballotte sans arrêt entre émotions fortes et questionnements existentiels, mais qui, heureusement, me fait aussi parfois rigoler.

… Bon allez. Comme l’aurait dit ma grand-mère « Pète un coup, ça ira mieux. »


Je vous laisse avec cette bien jolie vidéo sûrement faite par des gens qui aiment aussi regarder les plantes pousser :